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Portrait inspirant. Armand-Julien: “c’est grâce à tout ce que j’ai vécu que j’en suis là”.

Communauté Different Leaders Témoignages Actu - 27 juillet 2017

Portrait inspirant. Armand-Julien: “c’est grâce à tout ce que j’ai vécu que j’en suis là”.

De coups durs en mésaventures, le parcours d’Armand-Julien, 25 ans, n’a rien de linéaire. Pourtant, à ne rien lâcher, il a fini par y arriver.

Difficile de le rater. De son blase un peu fantasque, Armand-Julien, à sa dégaine travaillée : veste en feutre grise, pantalon de costard bleu, chemise cintrée et chaussures cirées. Classe, quoi. Sans compter, bien sûr, ses 1m97 plutôt pas discrets. Quand on le voit arriver ainsi, qu’on sait qu’il travaille chez Hermès et qu’il raconte avoir passé son week-end à Deauville, on se dit, un peu mauvaise langue, que ça y est: il a viré bobo Armand-Julien. Puis, d’un coup, il propose un combo bières-chips, posé sur le pavé.

« J’aimerai bien avoir une passion, c’est mon problème du moment », lance-t-il rapidement. Ah. Dans un flot de paroles qui s’éparpille d’une pensée à l’autre, Armand-Julien parle en même temps qu’il réfléchit. Ou l’inverse. Derrière une assurance jovialement affichée, Armand-Julien se révèle plutôt plein de questionnements. Plus jeune déjà, il était du genre à observer et s’interroger sur les autres. Notamment ceux qu’il estimait meilleurs que lui, et dont il se servait comme références pour se tirer vers le haut.

À 14 ans, Armand-Julien débarque à Villepinte. Il passe alors d’un collège un peu bourgeois dans le 92 à un collège un peu ghetto dans le 93. Le gap. À l’époque, il fait beaucoup de sport : du basket et de la gym. Pas en justaucorps, non. Plutôt du style à taper des flips sur du son, à la Chris Brown. Là encore, le look est toujours soigné : petits jeans bruts, tee-shirts à motifs, défrisage et coupe au gel.

Disons qu’en fait, cette histoire d’apparence et de belles sapes n’est pas si anodine.

« J’ai très vite compris que les codes vestimentaires allaient impacter ma vie. C’était presque comme une crainte de me dire qu’en rentrant dans un restau, on me dise qu’il n’y a pas de place pour moi. C’est idiot, mais les gens se fient à ce qu’ils voient ».

De même que, dans son collège bobo du 92 où la mixité n’existait pas vraiment et face aux fils de bonne famille plutôt pas bronzés, Armand-Julien se rappelle alors avoir pensé que pour réussir, il fallait surtout être blanc.

Pas moins ambitieux pour autant, après un bac STI, il intègre une classe préparatoire aux grandes écoles, au lycée Corbusier, à Aubervilliers (93). Pour viser « le mieux », estime-t-il. En deuxième année, pour soulager les finances du foyer, il se trouve un job de vendeur chez Levi’s. Doucement, il perd pied et ses notes flanchent. Sur les conseils d’une professeure, il intègre Passeport Avenir et rencontre son tuteur.

« Il a joué la figure de garde-fou dont j’avais besoin. Grâce à lui, j’ai fini mon année alors que je voulais abandonner parce que je savais que je n’allais pas avoir d’école au bout.»

Effectivement, Armand-Julien n’obtient pas d’école après sa prépa. Premier coup dur. Après une année passée sans grande conviction sur les bancs de la fac en licence électronique, il tente à nouveau les écoles. Cette fois, l’école d’ingénieur EISTI, en banlieue parisienne à Cergy, l’accepte. Seul problème, elle est payante : 21000 euros sur trois ans. Obligé, alors, de prendre un crédit.

Et puis, deuxième coup dur : il rate sa première année. Enfin pas totalement, puisqu’il valide son deuxième semestre. En fait, cette année-là Armand-Julien est un peu dans le jus. Il a un loyer et des factures à payer et bosse tous les week-ends à 4 heures du matin à l’aéroport Charles de Gaulle comme hôte d’accueil. Le décalage avec ses camarades se fait sentir.

« J’avais plein de choses qui me stressaient en dehors de l’école. Je n’avais pas que les cours à valider. Il y avait un peu un fossé. Je n’étais pas du tout joyeux à cette époque, je crois… »

Ironie du sort, peut-être, ses années à passer ses dépenses au peigne fin et calculer son budget lui ont développé un goût pour l’analyse. En deuxième année d’école, il se spécialise dans l’analyse des systèmes d’information. S’en suivent six mois de stage à Bordeaux chez Cdiscount. Là encore, c’est la disette. Les sorties se font rares. « Dix euros dans un verre, c’est dix euros en moins pour manger. L’argent ça a toujours été un point déterminant agaçant », livre-t-il. Mais au taf, c’est l’éclate et son travail est valorisé.

Petit à petit, Armand-Julien sort la tête de l’eau. La troisième année d’école se fera en alternance. Il trouve une entreprise : Hermès. Grâce à ce contrat professionnel, il retrouve une stabilité financière. Au travail, on reconnaît son efficacité. En cours, les notes sont bonnes. Seul hic, il lui manque une expérience de deux semaines à l’étranger pour valider son diplôme. Mais, c’était sans compter une cheffe bienveillante dans son entreprise, qui le basculera dans l’équipe projet au dernier moment, et lui permit de partir un mois à l’étranger. Service dans lequel il enchaînera par son actuel CDD en tant que chef de projet MOA.

À y repenser maintenant, Armand-Julien part dans une réflexion sur le hasard, le destin. Avant de conclure :

« Il y a trois ans quand je galérais, je m’en voulais, je me disais que j’avais la poisse. Aujourd’hui, je me dis que finalement c’est grâce à tout ce que j’ai vécu que j’en suis là ».

 

*** Par Magali Sennane @MagSenn & Gwel Photo***