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Iaroslav Hublin, tuteur Passeport Avenir: “Le tutorat aide à comprendre les jeunes générations”

Interview Témoignages Tuteur Actu - 22 juillet 2016

Iaroslav Hublin, tuteur Passeport Avenir: “Le tutorat aide à comprendre les jeunes générations”

Il n’a que 28 ans et déjà, l’envie d’aider les plus jeunes et de transmettre. Nous avons rencontré Iaroslav, chargé de mission à la direction financière de Malakoff Médéric, dans un café du Boulevard Haussmann, près de son bureau. Trench beige, chaussures cirées, chemise à rabat… et la touche finale, indispensable pour parfaire son look ; son smartphone, dont il ne sépare jamais. Son métier consiste à piloter les projets financiers au sein du groupe.

Depuis un an, il suit Lindsay, jeune étudiante motivée et ambitieuse, désormais en prépa ATS dans le but d’entrer en école d’ingénieurs. Pour Iaroslav, être tuteur n’est pas toujours évident, mais l’expérience est très gratifiante.

Cela fait maintenant un an que vous aidez une étudiante accompagnée par Passeport Avenir. Que retenez-vous de cette expérience ?

Lindsay a un parcours qui est moins lisse que le mien. Et pourtant, elle a choisi une voie plus difficile. Je l’admire beaucoup pour cela. Elle souhaite devenir conductrice de travaux dans le bâtiment et son BTS ne lui suffisait pas. Elle veut se donner les moyens d’atteindre cet objectif. Moi, je n’ai jamais pris de si grosses initiatives.

De fil en aiguille, vous avez appris à la connaître. Comment se passent vos échanges ?

On se rencontre physiquement tous les mois pendant une heure et on fait le tour des sujets qu’elle souhaite aborder. Ce n’est pas à moi de lancer des sujets. Je préfère la laisser choisir. Les questions que je me pose ne sont pas celles que se pose ma tutorée, comme sur la méthode de travail par exemple.

Quand on s’est rencontré, elle travaillait entre 3 et 6 heures du matin et avait du mal à gérer son temps de travail. Je l’ai aidée à reprendre un bon rythme. Par ailleurs, c’est pour moi très important d’avoir une tutorée qui cherche à reproduire le schéma d’engagement social auquel elle a participé en tant que bénéficiaire.

Avez-vous une anecdote dans le parcours de votre tutorée qui vous a aidé à prendre conscience du travail à mener ?

Au fil de nos conversations, il m’a semblé comprendre qu’elle pouvait parfois ressentir un frein à la fois familial et social parce qu’on lui dit que les études, c’est bien, mais que ça ne sert pas à grand-chose et qu’elle ferait mieux de travailler le plus tôt possible. Le rôle d’un tuteur, c’est de faire comprendre à son tutoré qu’il peut aller plus loin que le préjugé qu’il a intégré. Il ne faut pas négliger les préjugés intérieurs, il y en a énormément. Et ça peut avoir un impact négatif sur les capacités et les chances de réussir.

Comment avez-vous connu Passeport avenir et le tutorat ?

Dans le cabinet de conseil dans lequel je travaillais, certains collègues faisaient partie de Télémaque, un programme similaire. Il y a un an et demi, Passeport Avenir avait suscité pas mal d’intérêt chez moi car je trouvais que c’était une bonne initiative. Je m’étais renseigné en interne sur le projet, je me suis inscrit dès que j’ai pu.

Que vous apporte le tutorat ?

Il faut décomposer ça en plusieurs facettes: il y a ce que ça m’apporte parce que j’apporte quelque chose à quelqu’un et il y a ce que ça m’apporte de manière intrinsèque. D’une part, on se sent utile quand on essaye de tutorer quelqu’un. Le simple fait de transmettre des connaissances et de savoir que l’on aide quelqu’un est un sentiment très important. Il y a une volonté d’utilité sociale derrière que je n’éprouve pas forcément ailleurs.

Vous êtes jeune : aider d’autres jeunes, ça vous apporte quoi concrètement ?

Je pense que le tutorat sert à s’ouvrir sur le monde et à comprendre les nouvelles générations. Je suis encore jeune, oui, j’ai 28 ans, mais je ressens une profonde différence entre les jeunes diplômés et moi. Je me souviens par exemple d’un jeune diplômé, lorsque je travaillais en cabinet de conseil, qui percevait le monde du travail sur le plan de la hiérarchie différemment alors qu’il n’avait que quatre ans de différence avec moi.

Est-ce que cette expérience du tutorat a changé la pratique de votre métier ?

Non, ce n’est pas ce que je cherchais. Cette expérience m’a aidé à mieux comprendre le fonctionnement des personnes. Ça a aussi changé ma vision des gens et donc du management et c’est quelque chose que je pense pouvoir utiliser plus tard.

Avec Passeport Avenir, vous accompagnez des leaders de demain. Des leaders différents aussi. Que signifie pour vous le terme “diversité” ?

J’ai tendance à ne pas faire de différence entre les gens. Définir la diversité au sein d’un monde qui n’est pas forcément homogène, ce n’est pas évident. La diversité commence à devenir un terme galvaudé. On essaye d’en faire quelque chose qui n’est pas aussi riche que la réalité.

Selon moi, la diversité rassemble des gens qui ont une histoire différente et on ne peut pas la définir selon des marqueurs sociaux et culturels standardisés, c’est bien plus compliqué que ça. Quand les gens me voient, si je ne leur dis pas comment je m’appelle, ils se font une certaine idée de moi. Mais ils ne peuvent pas identifier l’ensemble des briques qui ont construit mon histoire.

En quoi ces tutorats peuvent-ils compléter le rôle de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur ?

C’est une question sociale, pas académique. Je prends un exemple caricatural: un collège réputé difficile, le prof a du mal à tenir une classe. Les associations de quartiers peuvent compléter le rôle du prof en essayant de faire comprendre aux jeunes l’importance de l’éducation et de la réussite académique, ce qui peut aider à résoudre le problème.

Le tutorat sert, quant à lui, à donner des codes sociaux qui ne sont pas forcément connus, comme ceux de l’entreprise. Je suis très heureux que des associations comme Passeport Avenir aident l’Etat à atteindre l’égalité réelle. C’est dans l’air du temps, on a même créé un ministère pour ça. A l’avenir, j’aimerais diversifier mon expérience du tutorat et j’essayerai plus de tutorer une personne qui sera bientôt dans le monde du travail.

Quel conseil donneriez-vous pour devenir un bon tuteur ?

Vous êtes un bon tuteur si et seulement si votre tutoré considère que vous l’êtes ! Il faut savoir s’adapter à son tutoré. Comprendre que tous les gens sont différents et qu’on ne peut pas avoir la même approche vis-à-vis de tout le monde.

Iaroslav Hublin et Benjamin blavier, fondateur de passeport avenir lors de la formation tuteurs en mars 2016.

Iaroslav Hublin et Benjamin Blavier, fondateur de Passeport Avenir lors de la formation tuteurs en mars 2016.

Interview réalisée par Yousra Gouja