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Décryptage. “Dans le secteur du conseil, les postes de consultants sont une excellente voie d’insertion. Mais, très peu de jeunes issus de milieux populaires y sont recrutés”

Partenaires Témoignages Actu - 18 octobre 2017

Décryptage. “Dans le secteur du conseil, les postes de consultants sont une excellente voie d’insertion. Mais, très peu de jeunes issus de milieux populaires y sont recrutés”

Figure d’ovni dans le milieu, le cabinet de conseil en stratégie Tenzing Conseil a développé une politique proactive en faveur de l’égalité des chances et de la mobilité sociale via des critères et pratiques de recrutement inhabituels dans ce secteur.

Depuis une dizaine d’années, la question de la diversité comme source de performance gagne en légitimité auprès des entreprises. Valorisation de l’image, facteur d’innovation, de créativité, de cohésion interne, motivation accrue des collaborateurs… Les avantages affichés sont nombreux. Souvent posée sous l’angle de l’accès à l’enseignement supérieur, la question de l’égalité des chances se retrouve aussi sur le marché du travail, notamment lorsqu’on s’intéresse aux critères et modes de recrutement des employeurs.

De la sélection sociale naturellement opérée lors de l’accès aux études, en découle une autre sur l’accès au poste. À diplôme équivalent, une hiérarchie se crée selon le prestige de l’établissement. Ce n’est pas un secret : un master 2 obtenu à l’université sera moins valorisé qu’un master 2 d’une école de commerce ou d’ingénieur. Excluant ainsi d’autant plus les quelques élèves issus de milieux défavorisés qui auront suivi un parcours scolaire universitaire.

Réputés pour l’exigence de leurs méthodes de recrutement, les cabinets de conseil en stratégie sont alors un cas éloquent. « Diplômé exclusivement d’une formation de premier plan. »  Il suffit de consulter les offres d’emploi publiées pour le constater : le premier critère sur le CV sera l’école d’origine, à défaut d’être immédiatement recalé.  Et, encore faut-il  que les offres soient rendues publiques, les étudiants des grandes écoles bénéficiant d’accès privilégiés à des moteurs de recherche d’emploi dédiés ou à des réseaux d’anciens.

« Dans le secteur du conseil, les postes de consultants sont une excellente voie d’insertion, car ils servent de tremplin. Mais, très peu de jeunes issus de milieux populaires y sont recrutés, parce qu’on les retrouve moins dans les grandes écoles », note Elodie Baussand, directrice des ressources humaines et associée chez Tenzing Conseil.

Partant de ce constat, le cabinet s’est lancé dans une démarche proactive afin de dénicher de nouveaux talents, basée davantage sur les compétences que sur l’intitulé de leur diplôme.

Aller au devant des publics

Pour se faire, le cabinet de conseil Tenzing diffuse ses offres d’emploi le plus largement possible. Auprès des universités, mais aussi auprès de prescripteurs partenaires tels que des associations comme Article 1 (ex-Passeport Avenir & Frateli) ou des cabinets de recrutement spécialisé dans la diversité tel que Mozaik RH. « Nous voulons atteindre le plus grand nombre de candidats afin de leur expliquer que ce métier leur est accessible et qu’ils ont leur place chez nous à partir du moment qu’ils en ont les compétences », détaille Elodie Baussand.

En un peu plus d’un an, le cabinet a ainsi déniché une dizaine de consultants juniors aux parcours très divers. Antoine Emond, 27 ans, employé chez Tenzing depuis douze mois, était loin de s’imaginer dans le conseil en stratégie. Fils d’ouvrier, après un BTS MUC (Management des Unités Commerciales) et une Licence Responsable Développement Commercial obtenue à la Chambre du Commerce et de l’industrie de Meurthe-et-Moselle, ce dernier a travaillé pendant un an à l’usine pour financer un voyage en Australie. Enchaînant les jobs alimentaires à l’étranger, il suit à son retour un Master en alternance de Développement des Entreprises et des Organisations. C’est grâce à sa directrice et tutrice qu’il entend pour la première fois parler de Tenzing Conseil et décide de tenter sa chance.

« Je connaissais le milieu du conseil en stratégie sans vraiment le connaître. Je n’avais d’ailleurs pas forcément une opinion très flatteuse des consultants, qui pour moi étaient des personnes très brillantes, mais très éloignées de ce que j’étais », raconte Antoine.

Des tests transversaux

Attention cependant, qui dit ouverture, ne dit pas facilité pour autant. Pour sélectionner ses nouvelles recrues, Tenzing Conseil a développé un outil de recrutement en sept épreuves basé sur les compétences identifiées comme indispensables aux consultants. « Nous les avons conçues pour éviter toutes disqualifications en fonction du diplôme. Elles traitent de sujets variés et grands publics, sans pour autant baisser le niveau d’exigence requis. Elles sont pensées afin de détecter le potentiel du candidat, mais aussi ses savoir-être », explique la directrice des ressources humaines et associée. Tout au long du process, les candidats sont également accompagnés par un consultant de la structure. « Le but n’étant pas qu’ils vivent un enfer, mais aussi qu’ils apprennent », relève Elodie Baussand.

Une fois sélectionnées, les nouvelles recrues sont formées au métier pendant plus d’un mois. « Cela fait partie de notre projet social de dédier du temps à la formation. Il y a des talents partout, mais il faut les outiller. C’est un coût, certes, mais nous l’appréhendons comme un investissement pour en faire de bons consultants et essaimer par la suite », explique la DRH.

« Dès le départ, nous sommes tous sur le même piédestal, raconte Chiraz Herizi, consultante junior arrivée il y a un an après un parcours dans les ressources humaines. Et le client, lui, part du principe que si nous sommes là, c’est que nous sommes compétents comme n’importe quel consultant. Ce qui compte, c’est ce qu’on produit. »

Engagement et efficacité économique

Au-delà du recrutement, Tenzing Conseil a fait de la lutte pour l’égalité des chances l’essence même de son cabinet. Les collaborateurs sont impliqués directement via des activités bénévoles dans les lycées ou les associations afin de partager leur expérience : mentorat, ateliers d’écriture de CV et de lettre de motivation, rencontres sur l’innovation managériale… De plus, Tenzing a la particularité d’être détenu à 80% par une association à but non lucratif. De ce fait, les bénéfices réalisés sont réinvestis dans des programmes d’égalité des chances, sélectionnés et soutenus par les collaborateurs. « Ainsi, les collaborateurs savent que les dividendes ne vont pas dans les poches des associés, mais dans des projets porteurs de sens », note Elodie Baussand.

Et la méthode fait jusqu’ici ses preuves. Sur l’efficacité et l’intégration des nouveaux collaborateurs premièrement.

« Je ne vois pas de différences avec mes collègues qui ont fait HEC, estime Antoine Emond. Il existe différentes qualités qui font qu’on peut être un bon professionnel. Quand je suis en mission, je suis capable d’improviser, de sortir des sentiers battus. Et encore, je me considère comme quelqu’un de normal, donc si j’y arrive, je suis convaincu qu’il y a des milliers de jeunes qui peuvent y arriver et qui ne se trouvent pas au bon endroit ».

Elodie Baussand, décrit quant à elle un sentiment d’engagement renforcé chez ces jeunes, vis-à-vis de la structure, mais aussi dans leur travail. « Ils ont une certaine conscience de ce qu’est la lutte. Ils sont très impliqués dans les projets internes, pour proposer des idées, donner de la visibilité au cabinet et même créer de nouvelles offres de conseils. Il y a donc un vrai bénéfice pour les clients ». Mais aussi, d’un point de vue financier, puisque les résultats semblent présents : « En un an et demi, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 2.4 millions d’euros, ce qui atteste de notre efficacité », livre, fièrement, la directrice des ressources humaines.

Tenzing Conseil, partenaire depuis 2016 de Article 1 à la fois sur les dispositifs pré-bac (Ambition) et post-bac (Phare et Etincelle).