“Diversité rime avec créativité. C’est la conviction qu’avec des regards différents on peut faire plus et mieux.”

Interview Expert Partenaires Actu - 24 novembre 2016

“Diversité rime avec créativité. C’est la conviction qu’avec des regards différents on peut faire plus et mieux.”

Son job : aider Volvo à tisser plus de liens avec la jeunesse. Guy Bravais, directeur du développement des relations écoles-entreprise chez Volvo France, le dit : le partenariat initié depuis un an avec Passeport Avenir est une chance pour ce groupe qui emploie près de mille collaborateurs de moins de 30 ans. Entretien.

Votre feuille de route, c’est de faire rouler le maximum de jeunes pour Volvo ?

Ma mission est de faire en sorte que le groupe Volvo soit connu et reconnu, à la fois dans la diversité de ses métiers et comme un employeur potentiel de qualité.

Le groupe Volvo a-t-il du mal à séduire les jeunes ?

Notre activité, ce sont les camions. Leur production constitue les deux tiers de notre activité. Sinon, il y a aussi des engins des chantiers, des autocars, ou encore des moteurs pour des applications industrielles ou des bateaux. Notre objectif, à travers ces actions, n’est donc pas de trouver des clients. Volvo ne fait pas de voitures ! Ce ne sont pas non plus des démarches pour du recrutement immédiat.

Quel est l’enjeu, alors ?

Faire connaître la diversité de nos métiers, justement. Ceux qui semblent nous connaître nous identifient comme des constructeurs mécaniques. Or, l’essentiel de nos besoins en recrutements d’ingénieurs sont plutôt en électronique aujourd’hui. Les jeunes que nous accompagnons se familiarisent avec notre groupe et peuvent devenir ambassadeurs de la marque. Nous sommes présents à tous les niveaux de l’enseignement : primaire, lycée, IUT, universités, grandes écoles. Plus nous ferons passer ces infos, et plus la perception de ce que fait Volvo sera fine et correspondra à la réalité.

Qu’est-ce que Volvo fait dans les écoles primaires par exemple ?

Nous soutenons des associations qui font travailler les élèves sur des programmes leur permettant de se situer dans leur environnement immédiat, leur commune. Ils font ainsi le lien entre les installations, les métiers et les services apportés. Ils travaillent sur la confiance, l’esprit d’entreprendre.

Développer l’esprit d’entreprendre dès la primaire, n’est-ce pas un peu jeune ?

Si, mais on leur parle surtout de confiance, c’est plus large que ça. Ils en auront besoin tout au long de leur vie.

Cela fait huit ans que vous occupez ce poste, après avoir été directeur de l’établissement Volvo à Vénissieux. Quelle a été votre première décision une fois au volant ?

C’est moi qui ai créé ce poste en fait. Je répétais sans cesse à mon patron que c’était important de tisser des relations avec les écoles. On commençait seulement, à l’époque, à parler de marketing RH, d’image de marque employeur. J’étais convaincu que c’était incontournable si l’on voulait exister et être visible. Il m’a proposé de créer ce poste.

Qu’est-ce qui a motivé ce saut dans l’inconnu ?

J’étais intimement convaincu qu’en tant qu’employeur on ne pouvait pas se contenter de critiquer l’Education nationale et le monde de l’enseignement en disant qu’ils ne nous fournissent pas ce dont on a besoin. Nos deux mondes s’ignorent, se méprisent, ou se critiquent. Il y a quelques années, par exemple, j’étais présent à un forum d’orientation pour les collégiens, organisé par la ville de Vénissieux. Une dizaine de jeunes passent devant mon stand, leur prof lance : “Chez Volvo, il n’y a rien à faire, pas la peine de s’arrêter les enfants.” Puisqu’on était là, c’est bien qu’on avait des choses à dire ! Soit je pliais mes bagages, soit je me retroussais les manches. Et c’est ce que j’ai fait. Je voulais briser cette méfiance mutuelle, faire évoluer les mentalités pour qu’on puisse vraiment travailler ensemble.

Vous créez donc votre poste. Qu’avez-vous mis en place depuis ?

J’ai monté des partenariats avec une vingtaine d’écoles. Nous sommes présents dans les conseils d’administrations, nous accompagnons des projets de mini-entreprises dans les collèges et lycées, et nous intervenons beaucoup pour témoigner de l’attractivité des métiers scientifiques et techniques, en organisant des challenges pour les étudiants par exemple.

Avez-vous fait face à des obstacles, en interne ?

Cette conviction que je porte est partagée par ma direction au plus haut niveau : notre entreprise, avec près de 6500 emplois en Auvergne-Rhône-Alpes, est l’un des principaux employeurs de la région. De ce fait, nous avons une vraie responsabilité sociétale et nous nous devons d’être présents auprès des jeunes.

Pourquoi avoir monté ce partenariat avec Passeport Avenir ?

Cette association répond à un vrai besoin tout en permettant d’impliquer les salariés. Il s’agit d’une action qui a du sens, ce n’est pas simplement un financement ni une action portée exclusivement par les ressources humaines. Ce partenariat nous permet d’associer nos collaborateurs en leur proposant de tutorer des jeunes issus de milieux sociaux populaires.

Un an après le début du partenariat, quel bilan ?

Un grand nombre de collaborateurs présents sur notre site de Vénissieux Saint-Priest se sont engagés. J’ai lancé un appel dans notre newsletter interne et eu 25 candidats en 15 jours. Pour moi, c’est la confirmation qu’il existait un besoin côté entreprise.

Un besoin de donner du sens à son métier, de transmettre son savoir ?

Tout à fait, et aussi de mener des actions en dehors de l’entreprise, lorsqu’ils rencontrent ces jeunes, pour mieux y revenir. Cette mission, accomplie dans un cadre extra-professionnel, leur donne un sentiment de fierté d’appartenance à Volvo : l’employeur les soutient dans cette démarche.  

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Au-delà de cette satisfaction et du soutien précieux apporté aux jeunes qui en ont besoin, quel est l’intérêt pour l’entreprise ?

Les tuteurs le disent mieux que moi : ils sont marqués par cette expérience et sont fiers de participer à une telle action. Il ne s’agit pas de recruter les jeunes que l’on accompagne, ce n’est pas la finalité première – même si, pourquoi pas, ça peut arriver ensuite. L’idée est de faire vivre l’engagement sociétal de l’entreprise. C’est la responsabilité de l’employeur et des ressources humaines que de dynamiser toute une communauté de travail.

Vous signez pour une nouvelle année, donc ?

Nous avons été un peu victimes de notre succès la première année, avec plus de demandes de la part des collaborateurs que prévu. Mais je suis rassuré par le professionnalisme de Passeport Avenir, qui vient de recruter un délégué régional dans l’objectif de tisser ce réseau de relations avec les écoles et les universités le plus en amont possible pour recruter les futurs tutorés. Passeport Avenir porte un programme structuré et fonctionne avec une équipe de permanents professionnels, ce qui montre leur sérieux et offre une continuité dans le suivi des relations. Cette approche professionnelle est un gage important quand je choisis de travailler avec une association.

Ce partenariat remplira pleinement ses objectifs quand…

Je serai totalement satisfait si ce partenariat se développe au niveau national sur tous nos établissements, en Normandie et en région parisienne également. Ce qui m’intéresse avec Passeport Avenir, c’est cette dimension nationale.

Passeport Avenir est une association qui déjoue les inégalités scolaires pour former une génération de leaders d’entreprises différents. Quid de la diversité sociale chez Volvo ?

Nos collaborateurs sont de jeunes ouvriers, des techniciens, des cadres. Des profils très différents. La diversité, c’est aussi la diversité des nationalités – 40, rien que sur le site de Vénissieux.

Et la diversité au sommet, chez les cadres, le « top management » ?

C’est un enjeu qui nous tient à coeur, on a une direction diversité qui travaille sur tous ces registres : homme / femme,  jeune / vieux, origine sociale, culturelle. Et Passeport Avenir a toute sa place dans notre politique diversité au plus haut niveau.

« Diversité »: que mettez-vous, vous, derrière ce mot ?

Diversité rime avec créativité. C’est la conviction qu’avec des regards différents on peut faire plus et mieux.

Qu’est-ce qui vous a manqué dans la réalisation de vos différentes actions ?

C’est moins la mise en place d’actions que le temps nécessaire pour développer un état d’esprit. Il faut que ces actions soient acceptées par les salariés mais aussi par les managers. Passeport Avenir, c’est un peu de disponibilité, ne serait-ce que pour aller aux formations qui permettent de démarrer, même si nos collaborateurs y vont sur leur temps de travail. C’est une action portée par l’entreprise, mais il faut que l’ensemble du dispositif soit accepté par toutes les parties prenantes.

Un conseil pour les entreprises qui voudraient se lancer dans le tutorat ?

Il faut démarrer sans doute à petite échelle mais avec des gens qui sont spontanément volontaires. Il faut le voir comme un échange dans lequel chaque partie trouve son compte.

Vous aurez accompli votre job quand…

Je n’aurai jamais complètement accompli mon job. Il y a tellement de besoins… c’est passionnant !

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Texte Elodie Vialle